LA MÉMOIRE VIVANTE
Lorsqu’elle est vraiment vivante, la mémoire ne contemple pas l’histoire, mais elle incite à la faire. Davantage que dans les musées, or la malheureuse s’ennuie, la mémoire est dans l’air que nous respirons. Et, dans l’air, elle nous respire. La mémoire vivante n’est pas née pour servir d’ancre. Elle a plutôt vocation à être une catapulte. Elle ne veut pas être havre d’arrivée, mais port de départ. Elle ne renie pas la nostalgie, mais elle lui préfère l’espoir, ses dangers, ses intempéries. Les Grecs pensaient que la mémoire était la fille du temps et de la mer ; ils n’avaient pas tort. EDUARDO GALEANO |